Édito du numéro 5 : La folie en tête

Entre le confinement et l’approche des fêtes de fin d’année, quelle meilleure occasion de parler de santé mentale ? Au fil de ces contributions, on croisera deux poèmes, deux nouvelles, des œuvres graphiques illustrant les textes, mais aussi des articles sur les artistes Camille Claudel, Séraphine de Senlis et Zelda Fitzgerald, sur une perspective intersectionnelle de l’anorexie, sur la marginalité, sur l’empowerment, sur le parcours de patient·e à soignant·e, sur la psychiatrie des années 60, sur la folie dans le jeu vidéo et dans la fantasy urbaine.

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Bonne lecture !

Les dents laides

dans la petite commune de kitsch 
j’étais bazardée 
là où des soleils de sang flottent en l’air grâce à
l’hélium 

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De patient·e à soignant·e, s’aider soi-même et aider les autres.

Au moment où j’écris, je m’apprête à commencer la troisième année de ma licence de psychologie, et mon avancée vers le métier de psychologue devient de plus en plus concrète. Pourtant, simultanément, je continue un tout autre travail bien plus personnel : celui de guérison d’années de traumatismes psychologiques et émotionnels vécus depuis mon enfance.

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Claudel-Louis – deux trajectoires d’artistes mortes à l’asile.

Le titre « Camille-Séraphine » aurait été plus compréhensible : en effet l’usage du prénom, et parfois du seul prénom, est de mise quand il s’agit d’évoquer des artistes femmes. Pour les artistes hommes au contraire, au siècle et dans le pays de ces deux artistes, c’est plutôt le seul nom de famille qui est utilisé. Afin de les rétablir dans leur statut d’artiste, elles seront ici Claudel et Louis, plutôt que Camille (Claudel) et Séraphine (Louis, qui signe parfois Louis-Maillard, noms de son père et de sa mère, dite Séraphine de Senlis).

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Visions de la folie dans le jeu vidéo : le glacis horrifique de Layers of Fear

Les expressions de l’horreur sont légion dans le jeu vidéo. Après tout, c’est un média parfait pour impliquer la joueuse1Le féminin neutre est la forme préférée dans cet article., qui devra faire des choix conscients dans un environnement qu’elle maîtrise difficilement. Je voudrais parler ici des jeux d’horreur psychologique. Ces jeux se placent non pas dans l’épouvante palpable des zombies (les Resident Evil viennent en tête), mais dans les explorations mentales où le but n’est pas de neutraliser des menaces, mais de comprendre situation et personnages. Dans les jeux où l’ennemi est souvent soi-même (enfin, l’avatar endossé), c’est tout naturellement que les angoisses provoquent des questionnements concernant la réalité de ce que l’on voit.

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Le fou, marginal naturel

Si les rencontres sont celles qui forgent ce que chacun de nous devient jour après jour, certaines plus que d’autres forment, déforment ou transforment ce que nous sommes à long terme, peut-être même à jamais. J’ai eu l’occasion de vivre un moment, des moments avec l’un de ceux qui ont délibérément choisi leur statut marginal, l’un de ceux qui ont fait de cette position en marge de la société telle que la plupart la vivent, un choix, une éthique, une esthétique de l’existence, diraient certains philosophes.

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Entendre crier les fous (Montréal, 1961)

En ce mercredi 16 août 1961, l’ouvrage fait la une des principaux quotidiens montréalais. La Presse en résume le contenu d’un titre cinglant (et quelque peu racoleur) : « Cauchemar : UNE ANNÉE chez les fous »1Jacques Pigeon, « Cauchemar : UNE ANNEE chez les fous », La Presse, 16 août 1961, p. 1..

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Krakatoa

Âtre enclavé d’ordures ou pur purin en purée clastique qu’empire en coulure pyroclastique de mes méninges abstruses, fumeuses vomissures de mes raisonnements ardents entre mes commissures circonscrits, je suis perdu, paumé, prostré, recroquevillé dans un coin obscurément éclairé à la lueur de mon magma cervelet, quand tout à coup la fêlure, la cassure, la fissure, la brutale ouverture, et face à la faille, à défaut d’entrailles, je défaille et m’efface… 

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Le retour

Lundi, huit heure et demi. Alice est toujours la première arrivée dans la salle d’activités. Les infirmières la saluent, le weekend s’est bien passé ?
Parfait parfait.

Elles s’énerveront plus tard, après avoir constaté qu’elle a encore diminué. Mais en ce début de matinée, elles lui sourient. Alice a trouvé un endroit où exister. Sur le bureau, elle sort ses crayons, ses carnets pour patienter. Elle attend le moment où Fiona fera son entrée.

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Zelda et Scott Fitzgerald : une histoire d’amour et de folie en Suisse

Jon Monnard a publié un premier roman, Et à la fois je savais que je n’étais pas magnifique, aux éditions L’Âge d’Homme en 2017. Une bourse littéraire de l’État de Fribourg lui a ensuite permis de mener des recherches pour son second livre. Ce nouvel opus, qu’il vient de terminer, porte sur le séjour que l’écrivain états-unien Scott Fitzgerald et son épouse Zelda ont effectué en Suisse en 1930-31. Pour des raisons de confidentialité, il ne peut pas (encore !) nous livrer son titre. Mais il nous explique dans cette interview avec l’historienne Aude Fauvel pourquoi il s’est intéressé à cette période sombre de la vie du couple, puisque c’est en Suisse, à la clinique de Prangins sur les hauteurs du lac Léman, que Zelda fut internée pour la première fois en 1930.

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