Je m’appelle Rose

Histoire d’un devenir-Rose, entre art et identité

« Rose, c’est à vous ». C’était le 16 décembre 2024, dans la salle d’attente d’un centre de santé parisien. Pour la première fois, j’entendais quelqu’un·e prononcer mon nouveau prénom. Entre surprise – pourtant programmée –, inconfort face à la matérialisation orale de cette nouvelle identité, et excitation liée à la nouveauté, ce moment, si anodin en apparence, marquait une étape significative dans une démarche entamée quelques mois plus tôt : celle de devenir Rose à l’état civil.

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0,5 mg pour te créer des mots

J’injecte le liquide dans ma cuisse pour ça, 
pour devenir PD, 
pour devenir celui qu’on ne voudra plus inviter, 
celui sur lequel on se retourne dans la rue parce qu’il a un t-shirt échancré, parce qu’il a du khôl dans le regard et que ça se voit qu’il est rentré trop tard.  

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Qu’est ce que cela veut dire d’être asexuel·le ?

L’asexualité est le plus souvent définie comme le fait de ne pas ou peu ressentir de désir sexuel. Issue des communautés asexuelles elles-mêmes, cette définition invite à penser l’asexualité comme une orientation sexuelle qui, au sein d’une société hypersexualisée, est nécessairement minoritaire et « invisible » (pour reprendre l’expression de la militante asexuelle Julie Sondra Decker, autrice de The Invisible Orientation, An Introduction to Asexuality). Objet militant émergeant, l’asexualité devient un fait social dont s’emparent de plus en plus les sciences et, entre autre, la sociologie. Comment définir sociologiquement le désir sexuel ou la sexualité (pratiques ou ressentis naturalisés par excellence) ? Qu’est-ce que les sciences sociales disent de l’asexualité et comment pouvons-nous, en tant que militant·es féministes, asexuel·les pour certain·es, nous emparer de ces résultats pour penser notre engagement ?

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Allaitements à la mode médiévale : amour et nature, mère et nourrice

Le métier de nourrice est un des plus vieux métiers au monde. En effet, depuis la plus haute Antiquité, bien des mères n’ont pu nourrir leurs enfants et d’autres les ont remplacées, assumant une responsabilité majeure : de leurs soins nourriciers dépendaient non seulement la survie du tout-petit. Cet article s’intéresse à la période XIIIe-XVe siècles avec des sources provenant essentiellement d’Italie, de France et d’Espagne. Il s’agit de vous donner ici un petit aperçu de la condition des femmes qui ont exercé ce dur métier. 

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Devenir une femme comme les autres ?

Les rites de passage découlent d’une théorie anthropologique du début du XXᵉ siècle. Théorisée par Arnold Van Gennep, elle s’attarde sur le changement de statut social d’une personne donnée via divers rituels1 Turner, V. (1990). Le phénomène rituel : structure et contre-structure. Paris: PUF. Ils sont toujours composés de trois phases, survenant toujours dans le même ordre. La première étape, dite phase de séparation ou préliminaire, renvoie à la période durant laquelle une personne quitte son ancienne classe sociale. La seconde partie, appelée phase de marge ou liminaire, s’attarde sur l’intervalle où une personne se retrouve entre deux statuts fixes, dans un environnement hors normes. Enfin, le dernier stade, nommée phase d’agrégation ou postliminaire, apparaît quand la personne rejoint son nouveau groupe social2Van Gennep, A. (1981) [1909]. Les rites de passages. Paris: A. et J. Picard..

Les rites de passage peuvent servir à analyser la trajectoire des personnes trans3Bolin, A. (1988). In serach of Eve : Transexual rites of passage. Bergin & Garvey.. En effet, la transition des personnes trans peut être étudiée à travers le prisme des rites de passage. Par le biais de divers rituels, tels que les Coming-Out, les modifications corporelles, le changement de prénom, de pronom et/ou les changements de statut social à l’état civil, une personne trans va être amenée à changer de groupe genré. Passant par exemple d’un statut d’homme à femme. Dans cette optique, le statut trans peut être un stade transitoire entre les deux classes cisgenres, homme et femme4Bolin, A. (1988). In serach of Eve : Transexual rites of passage. Bergin & Garvey.. Toutefois, comme l’explique Victor Turner, certaines personnes préfèrent rester dans la phase liminaire que de rejoindre le stade postliminaire5Turner, V. (1990). Le phénomène rituel : structure et contre-structure. Paris: PUF. Le rapport à la liminarité est central pour comprendre l’évolution des personnes trans à travers leurs transitions. Via une courte réflexion biographique, je vais analyser mon rapport à la classe féminine par le truchement de la liminarité et la postliminarité6Dormeau, L. (2021). Habiter l’instabilité, vivre dans les interstices du monde. En Marges !, 7, pp 4-7. https://enmarges.fr/2021/12/15/habiter-linstabilite-vivre-dans-les-interstices-du-monde/amp/.

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Nécessaires utopies

J’apprends ce matin en allumant la radio que, depuis 1970, près de 70 % des populations d’animaux vertébrés ont disparu de la surface de la Terre. Une « nouvelle » de plus à ajouter sur la liste des bonnes raisons de penser que le futur n’a malheureusement rien de désirable. Et si je me tourne vers mon nombril, pas de quoi se réjouir non plus. J’arrive en effet à un âge où le « futur » radote et grisonne plus qu’il ne chante et irradie ! Réjouissantes perspectives.

Et pourtant.

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Mûe : Création d’un espace magique et féministe

C’est quoi ce projet ?

Nous nous sommes rencontrées à la jointure de nos divers appétits pour de multiples arts, au bord de notre révolte en plein réveil, à la souche de notre désir d’éclosion et de transmutation dans ce monde qui n’en n’a pas fini d’être patriarcal. 

A travers Mûe nous avons eu l’intuition que nous pouvions tisser de manière singulière et collective des espaces qu’on a voulu nous faire croire antagoniste / séparés : l’artistique, le politique, le poétique, le féminisme, le magique, le somatique.

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La profession de serveuse ou l’histoire d’un métier invisible

Les serveuses font partie de ce que l’on appelle les « cols roses » (qui diffèrent des « cols blancs » et des « cols bleus). Ruth Milkman les définit comme un type de travail spécifique aux femmes « mal rémunéré, peu prestigieux et offrant peu de perspectives d’avancement » 1Milkman ; 2014. Le travail invisible ou invisible labor peut être défini comme effectué sans que personne ne s’en rende compte : il n’est pas perçu pour lui-même, la seule chose tangible en est le résultat. Ce travail invisible est souvent genré et, est majoritairement féminin. Celui-ci concerne au départ les tâches domestiques effectuées par les femmes à l’intérieur des foyers. Cependant, il prend aujourd’hui de nouveaux visages. Entrent dans cette catégorie les aides à domicile, les étudiants non rémunérés lors de stage etc…

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Laisser rentrer les monstres

Quel grand moment d’émotion lorsque Julia Ducournu a remporté la palme d’Or à Cannes le 17 juillet 2021 pour son film Titane. Il y a eu la puissance du moment, Julia Ducournu étant la deuxième femme réalisatrice à obtenir une Palme d’or après Jane Campion en 1993 pour La leçon de piano et il y a eu la puissance des mots. Julia Ducournu a ainsi revendiqué dans un discours fort la monstruosité : « La perfection ce n’est pas que c’est une chimère, c’est que c’est une impasse. C’est une impasse. La monstruosité, qui fait peur à certains et qui traverse mon travail, c’est une arme et une force pour repousser les murs de la normativité qui nous enferment et nous séparent ». En entendant ce mot « monstrueux », j’ai tout de suite pensé à l’ouvrage de Paul B. Preciado sorti en 2020 Je suis un monstre qui vous parle aux Editions Grasset et qui évoque notamment la transidentité et la transexualité. Deux fois que la figure du monstre est publiquement convoquée, mais avec quels enjeux ? À quelles fins ? Le monstre est la figure qui se construit en contre-point d’un stéréotype hégémonique incarné dans un corps normé : blanc, mince, jeune, sans handicap… Convoquer le monstre, le faire sortir de nos cauchemars c’est convoquer la possibilité d’une pluralité, c’est revendiquer le droit à la visibilisation et à la non discrimination, c’est rendre visible l’invisible à des fins politiques.

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Le corps sans nom

J’ai la nausée de mon corps : les poils sur mes mamelons, le bourrelet sous l’élastique de mes shorts, la molle blondeur de ma peau, les flaques de mes cuisses écrasées sur les chaises. Je demande plus, plus de disparition. 

D’un jour à l’autre, d’une heure à l’autre, je parcours des distances exténuantes entre dysphories et euphories. Mon corps change d’une façon incontrôlable, s’amenuise enfin, et cette perte de poids m’oblige à me rendre compte que je n’accepte pas plus mon corps mince que mon corps gros. Certains jours, je sens mes os, la chaleur et la douceur de ma peau. Je sens l’extérieur depuis l’intérieur et j’ai peur.

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