Photographe féministe. Entretien avec Juliette Lancel

  • Peux-tu te présenter et nous dire quelques mots de ton parcours ?

Eh bien je m’appelle Juliette Lancel et tiens à dire que cet entretien est un abus éhonté de biens sociaux puisque je suis la fondatrice d’En Marges ! Pour ma défense, je ne suis pas que cela. Je pratique aussi la photographie et la recherche en histoire et en études de genre.

  • Comment en es-tu arrivée à la photographie ? 

Il s’agit d’un héritage familial : mon arrière-grand-père était inventeur d’appareils photo et a transmis le virus à ma grand-mère, qui m’a elle-même contaminée en m’offrant mon premier appareil. J’ai commencé à me tourner vers une pratique artistique à 17 ans, envisagé un temps après ma prépa de tenter les Gobelins et puis je suis restée sur des études d’histoire, mon autre passion. 

Aujourd’hui, tout s’est inversé, puisque je fais de la photo pour payer mon loyer et de la recherche pour le plaisir. 

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Et l’amour aussi. Lesbianisme et représentation

En soutien au livre photo de Marie Docher Et l’amour aussi, qui présente des portraits de lesbiennes avec pour point de départ ce que, dix ans plus tard, la loi sur le mariage pour tou·tes a changé ou pas dans leur vie. Réalisés dans le cadre d’une commande de la BNF, l’exposition qui en découle y est visible jusqu’au 23 juin 2024.

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Coulère

2021, sang menstruel sur papier absorbant et tissu, persienne en bois, acrylique, 50x115cm.

Quand j’ai pris cette persienne, j’ai pensé à cette frontière entre dedans et dehors, entre l’intime et le public. Quand j’ai pris ce tissu, j’avais envie de le tacher de sang menstruel.
Puis je me suis souvenue de cette tradition qui a perduré pendant très longtemps dans les régions du sud de l’Italie. On exposait à la fenêtre le drap avec le sang des femmes lors de leur première nuit de mariage, ceci étant la preuve de leur “pureté”. Un véritable rituel de passage construit sur l’absurde concept de virginité d’une société fortement hétéropatriarcale.

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Entre les lignes le tarot

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Cosmique

Ton agressivité et ta violence

Tentatives de voler ma peau, de détruire ma joie, d’abîmer mon esprit

En destituant mon corps, en violant mon âme

Tu voulais gagner ma docilité, me discipliner, sans répit

Hyper-vigilante, tétanisée, méfiante

Souffle coupé, vidée, meurtrie

J’ai failli y passer

Mais…non !

Évasion, 

Sidération, moments aphasiques, 

Peinture, gestes muets par dessus le désespoir

Sur le chemin de la convalescence 

Se trouvent des paillettes cosmiques

Toutes couleurs du monde jaillissent des flammes de ma victoire

Renaissance de l’esprit, amour de soi et triomphe avec gloire ! 

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Chimères

Je ne me suis jamais considérée comme le sujet d’une image mais j’en ai déjà été l’objet. Être l’objet de, être érotisée, être fétichisée, c’est précisément ce à quoi me contraint le regard masculin.

De la même façon que je suis dépossédée de mon corps quand je suis agressée, je suis dépossédée de l’image de mon corps par le regard masculin.

Je suis aussi métisse, à moitié française, à moitié thaïlandaise, « farang » (occidentale) aux yeux des Thaïlandais.es, « asiatique » aux yeux des Français.es. Le regard d’autrui emprisonne, semble rendre impossible la libre définition de sa propre identité.

Je propose de répondre à cette violence du regard par une subversion de la sexualisation du nu. On fétichise mon cul, mes jambes ? Je les colle partout. On me catégorise comme « l’autre », je me revendique monstrueuse. Une désobéissance par excès de zèle.

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Dessin, tendresse et radicalité

Longtemps j’ai participé à des ateliers de dessin d’après modèle sans questionner cette pratique. Le dessin d’après modèle est souvent considéré comme un exercice technique de représentation dite “objective”. Dans ces ateliers, les corps seraient a-sexualisés et a-politique. Le genre reste non interrogé : dans une vision naturaliste et binaire du genre, la personne qui pose est soit un homme, soit une femme, selon son anatomie. Aujourd’hui mon approche est politique. Je dessine et dessine encore – jusqu’à saturer mon profil Instagram – je pose et j’organise des ateliers de dessin, principalement Modèle vivant.e1Modèle vivant.e est un atelier transféministe de dessin et de représentation des corps dissidents, créé l’été 2019 avec Linda DeMorrir et Lucie Camous.

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Silence noir

Des fragments de rouges,
des morceaux de chair,
des bouts de vie,
des parcelles de corps.

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Visions de la folie dans le jeu vidéo : le glacis horrifique de Layers of Fear

Les expressions de l’horreur sont légion dans le jeu vidéo. Après tout, c’est un média parfait pour impliquer la joueuse1Le féminin neutre est la forme préférée dans cet article., qui devra faire des choix conscients dans un environnement qu’elle maîtrise difficilement. Je voudrais parler ici des jeux d’horreur psychologique. Ces jeux se placent non pas dans l’épouvante palpable des zombies (les Resident Evil viennent en tête), mais dans les explorations mentales où le but n’est pas de neutraliser des menaces, mais de comprendre situation et personnages. Dans les jeux où l’ennemi est souvent soi-même (enfin, l’avatar endossé), c’est tout naturellement que les angoisses provoquent des questionnements concernant la réalité de ce que l’on voit.

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La fée de la communication

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