Édito du numéro 12 : Enseignements artistiques et pédagogies alternatives

Vous vous en doutez, la question des pédagogies alternatives est pour nous centrale. C’est pourquoi nous sommes heureux·se de vous présenter ce numéro qui, coordonné par les chercheuses Mélodie Marull et Ophélie Naessens, en propose une exploration dans le milieu des enseignements artistiques. Leur introduction vous présente les différentes contributions.

Chaque année, nous publions deux numéros : celui-ci est thématique, le prochain – prévu pour avril – ne le sera pas. Vous pouvez d’ores et déjà nous envoyer vos contributions autour de l’intime et du politique. Toutes les consignes sont ici.

Quelques mots, enfin, pour vous remercier de votre soutien moral et financier qui nous est essentiel dans la mesure où nous sommes bénévoles et où nous nous refusons à accueillir toute publicité. Pour rappel, vous avez désormais la possibilité de faire un don ponctuel ou bien mensuel.

Bonne lecture !

Introduction

À la suite de la journée d’étude « Enseignements artistiques et pédagogies alternatives » en mars 2022, organisée dans le cadre de l’exposition L’art d’apprendre. Une école des créateurs (Centre Pompidou Metz), nous lançons ce nouveau numéro de En Marges !. Les contributions abordent les questions de pédagogie dans les écoles d’art et les universités, les apprentissages liés à l’existence, et explore comment l’apprentissage peut devenir une forme de création.

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Reconnaître l’expérience autistique à l’université : pour une praxis dialogique et transformatrice

Décembre 2022, sur le campus de l’université Toulouse – Jean Jaurès. Par un froid
glacial, nous placardons des affiches, qui déjà commencent à interpeller les quelques
passant·es présent·es en ce samedi après-midi. « C’est bien ce que vous faites-là. », nous dit quelqu’un. « On en est encore à penser des choses comme ça ? », demande une autre
personne.

Ces affiches sont des supports graphiques co-créés avec des étudiant·es de
l’association La Bulle ! – une association interuniversitaire toulousaine, par et pour les
étudiant·es autistes. Pensées et réalisées dans le cadre d’un projet de recherche-création initié en mars 2021, Je suis autiste et…, elles parlent de l’autisme depuis l’expérience autistique. L’initiative est aujourd’hui portée par Charlotte Dewarumez-Minot, doctorante en histoire de l’art et militante autiste, et Manon Ménard, docteure en design et designer graphique. Elle couvre deux objectifs : tout d’abord, interroger les pratiques de création en design participatif par rapport aux personnes autistes ; puis, renouveler les représentations de l’autisme par la mise en lumière, dans l’espace universitaire, des voix des personnes concernées. Il s’agit également de (re)considérer le poids des normes sociales sur la vie des personnes autistes, et de (re)penser la production de savoirs sur l’autisme.

Cet article présente les enjeux de ce projet, de sa genèse à son déploiement, et
interroge la façon dont la pratique créative peut être dialogique, transformatrice et
émancipatrice – à l’instar des travaux en pédagogie critique de Paulo Freire.

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Pour une épistémophonie.

Professeur d’enseignement artistique à l’ESAL (Ecole Supérieure d’Art de Lorraine), j’interroge notre rapport aux connaissances. Comment celles-ci circulent-elles au cours de la formation, comment sont elles convoquées, interrogées, déconstruites ?

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Artistes – praticien·nes – théoricien·nes – pédagogues – étudiant·es

L’art et la pédagogie partagent de multiples questionnements. En témoigne la place des pédagogies dites «alternatives» ou «critiques» dans l’enseignement artistique, ainsi que la dimension proprement pédagogique de certaines démarches dans le champ des arts.

Cet entretien à quatre voix explore ces croisements dans le prolongement de collaborations antérieures, menées au travers d’activités artistiques, pédagogiques et éditoriales :
– Tombolo Presses et l’espace Ravisius Textor (Nevers), deux structures initiées par Thierry Chancogne ;
– Le projet La Bibliothèque grise porté par Jérôme Dupeyrat et Laurent Sfar, qui explore notamment la figure de l’artiste en étudiant ;
– La pratique artistique et les activités de recherche relatives à la co-création de Marie Preston.

À travers cette conversation, il s’agit d’explorer les affinités entre ces expériences, qui ont aussi en commun d’être chacune articulée avec des pratiques d’enseignement — en école d’arts appliqués (ÉSAAB Nevers), en école d’art (isdaT), d’architecture (ENSA Grenoble et Rouen), et à l’université (Paris 8).

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Produire la parole, l’entretien individuel en école d’art

Conversation entre Raphaël Julliard, anthropologue et artiste, et Maxime Thieffine, artiste et enseignant en école d’art.

Raphaël Julliard : Nous avons des discussions depuis plusieurs années sur le processus créatif, notamment sur le dialogue entre l’artiste et sa production, de part nos expériences d’artistes, de chercheur pour ma part et d’enseignant pour la tienne. Cette publication nous donne l’occasion de nous attarder sur la question de la pédagogie de l’art.

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Construire une utopie artistique dans un environnement hostile : l’École de l’Art Engagé à Saint-Pétersbourg

L’éducation artistique, une pratique dépassant les limites de l’épistémologie et de l’esthétique, est souvent perçue comme un « projet de société1Marie-Christine Bordeaux, François Dechamps, Éducation artistique, l’éternel retour ? Une ambition nationale à l’épreuve des territoires.Toulouse, Éd. de l’Attribut, coll. La Culture en question, 2013. ». Cette idée revêt une importance particulière dans les sociétés en proie à des divisions et confrontées à l’autoritarisme. À ces moments-là, une école d’art peut devenir non seulement un refuge intellectuel, mais aussi un microcosme instaurant des relations sociales alternatives à celles dictées par le pouvoir en place. Cet article se penchera donc sur une initiative pédagogique survenue pendant les tumultes géopolitiques en Russie dans les années 2010-2020. Il s’agit d’un petit établissement, fondé en 2013 par un collectif Chto delat?, rassemblant de jeunes artistes principalement engagé.e.s dans la révision du système social à travers une perspective artistique. En exposant le contexte politique et intellectuel ayant conduit à la création de l’École de l’art engagé2Sam Thorne, School A Recent History of Self-Organized Art Education, Sternberg Press, 2017. en 2013, nous examinerons également sa place dans le paysage artistique, pédagogique et humanitaire de la Russie contemporaine.

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« Bien agiter avant emploi » : quelques perspectives éducatives et artistiques depuis l’Amérique latine


Édité conjointement par TEOR/éTica1TEOR/éTica est un projet privé, indépendant, à but non lucratif, crée sous l’impulsion de l’artiste, curatrice et chercheuse Virginia Pérez-Ratton (1950-2010) et de son entourage. Pour plus d’informations voir : https://teoretica.org/acerca-de-teor-etica/?lang=en et la Fundación Malba2[2]La Fundación Malba est une fondation privée argentine à but non lucratif créée en 1995. en 2016, Agítese antes de usa Desplazamientos educativos, sociales y artísticos en América Latina3Téléchargeable gratuitement ici : https://www.malba.org.ar/publicacion-agitese-antes-de-usar/ Il peut être acheté ici : https://teoretica.org/producto/agitese-antes-de-usar-desplazamientos-educativos-sociales-y-artisticos-en-america-latina/ propose un tour d’horizon des préoccupations et des réflexions qui ont émergé ces trente dernières années en Amérique Latine, concernant l’éducation et plus particulièrement l’éducation artistique. Édité par Renata Cervetto4Renata Cervetto était alors coordinatrice du pôle éducation de la fondation MALBA. et Miguel A. López5Miguel A. López était commissaire en chef de la plateforme TEOR/éTica., l’ouvrage rédigé en espagnol (castillan) propose une sélection de textes issus de commandes et rédigés pour l’occasion, ainsi que des traductions depuis l’anglais ou le portugais. Le livre est composé de cinq chapitres : « Propositions pour une médiation critique » ; « Espaces de formation et politiques d’apprentissage » ; « Traversée de la scène néolibérale depuis l’éducation artistique » ; « Manifestations, crises et reconstructions des modèles éducatifs » ; « Dynamiques affectives : échanges, collaborations, corps et contexte6Traductions personnelles. ». Les éditeur·ices souhaitaient rendre compte des changements importants intervenus ces dernières décennies au sein des systèmes éducatifs, et des institutions culturelles d’Amérique du Sud, ainsi que des propositions en résultant. Les différentes contributions qui composent la publication, souvent nées de la volonté de se réapproprier des processus d’apprentissage, d’en inventer et d’en expérimenter de nouveaux, témoignent des particularités du continent et le place – selon les éditeur·ices – en précurseur du « tournant éducatif », bien avant l’Europe.

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Judy Chicago : enseigner et créer en féministe

Judy Chicago (née en 1939) est une artiste majeure du féminisme américain dont la contribution pionnière à ce mouvement passe par ses créations et enseignements artistiques. En 1970, elle crée le premier programme d’études féminines dans le département d’art de l’université d’État de Fresno, en réponse à son propre statut dévalorisé de femme artiste 1Judy Chicago, « Feminist Art Education. Made in California », in Entering the picture: Judy Chicago, the Fresno Feminist Art Program, and the collective visions of women artists,  Jill Fields (éd.), New York, Routledge, coll.« New directions in American history », 2012, p. 101. Judy Chicago écrit : « As I wrote in my first autobiographical book, Through the Flower, My Struggle as a Woman Artist, I started the Feminist Art Program in Fresno because, as a result of my own struggle, I suspected that the reason women had trouble realizing themselves as artists was related to their conditioning as women. I had found that society’s definition of me as a woman was in conflict with my own sense of personhood (and, after all, it is a person who makes art). ». Son but est alors de légitimer les étudiantes dans la poursuite de leur carrière artistique, alors même qu’elles souffrent d’un manque de soutien et de reconnaissance dans les institutions et écoles d’art. En 1971, Chicago développe – avec l’artiste Miriam Schapiro – le Feminist Art Program au très avant-gardiste California Institute of Arts (Cal Arts). Cette étape cruciale dans le développement de la pédagogie féministe de Chicago aboutit, du fait de l’intérêt que ce programme suscite auprès des étudiantes qui y sont inscrites, à la production de la première installation d’art féministe intitulée « WomanHouse ». Cet espace d’exposition et de création présente les travaux et les performances des étudiantes du programme ainsi que d’autres artistes californiennes au mois de février 1972. En 1973, Chicago fonde avec l’historienne de l’art Arlene Raven et l’artiste Sheila Levrant de Brettville le Woman’s Building, premier centre d’éducation artistique féministe, actif jusqu’en 1991. C’est au regard de ces évènements, marqueurs historiques, que cet article se propose d’exposer les principaux fondements de la pédagogie féministe de Chicago, pionnière de l’enseignement artistique féministe en Californie dans la décennie 1970. Ses initiatives ont servi d’incubateurs de vocations artistiques et d’éveil au féminisme pour toute une génération de femmes. 

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Patrice Doat à l’école d’architecture de Grenoble

Quarante ans d’une pédagogie rebelle et innovante

Septembre 2014. À l’école d’architecture de Grenoble, c’est la rentrée pour les cent-soixante étudiants de première année. Installés dans l’amphithéâtre Maglione, ils rencontrent l’enseignant responsable de leur premier semestre de projet1Dans toutes les écoles d’architecture, l’enseignement de projet est dédié à l’apprentissage du processus de conception et occupe une place centrale.. Cheveux blancs et polaire rouge2Tous les anciens élèves, collègues et amis de Patrice Doat se rappellent sa polaire rouge. Elle est fréquemment évoquée dans « l’Abécédaire de l’Impossible », livret de témoignages réalisé collectivement à l’occasion de son départ à la retraite en 2015. On peut même y lire : « Un bon enseignant est un enseignant qui porte une veste rouge. », Jean-Marie Le Tiec, p177., micro en main au milieu de la salle, il leur demande, sans même s’être présenté, de dessiner les sept merveilles du monde. 

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