Le cinquantenaire des émeutes de Stonewall

En Marges – Bonjour Camille, nous commémorions en 2019 le cinquantenaire des émeutes de Stonewall, peux-tu nous expliquer ce qui s’est passé dans la nuit du 28 juin 1969 dans ce bar, le Stonewall Inn ?

Camille Morin-Delaurière – Le bar de Stonewall Inn est situé dans un quartier prisé par la culture de nuit homosexuelle sur Christopher Street à New York aux Etats-Unis. C’était un lieu de fréquentation éclectique de personnes LGBTQ – des lesbiennes et gais y fréquentaient des personnes trans, des travesti·es, des drag queens etc. – et d’autres populations marginalisées, qui venaient s’amuser et se rencontrer dans un des rares lieu de la ville où elles étaient acceptées. Dans la nuit du 28 juin 1969, une descente de police eut lieu.

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Les nourrices érotisées

L’érotisation de la figure de la nourrice au XVIIIe siècle

Cet article fait suite à celui-ci, sur la nourrice néfaste.

Il y a peu, la chercheuse en littérature Katell Lavéant publiait un billet sur le blog de la Société bibliographique de France dans lequel elle mettait en évidence qu’un texte érotique du XVIe siècle, La Source du gros fessier des nourrices, avait été republié à la fin du XVIIIe siècle en se donnant l’apparence d’être une édition du début du XVIIe siècle1Katell Lavéant, « Curieux mélanges : les fausses pistes chronologiques d’éditions de livres licencieux », Histoire du livre, https://histoirelivre.hypotheses.org/6215, consulté le 16 février 2020.. Cela nous montre la permanence de l’érotisation du personnage de la nourrice, qui avait donc la réputation d’avoir non seulement la poitrine mais aussi le fessier très développés, deux parties du corps féminin fortement érotisées dès la Préhistoire, si l’on en croit les sculptures de Vénus paléolithiques qui nous ont été transmises. 

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La nourrice néfaste, une figure de l’allaitement mercenaire sous Louis XVI

Le  règne de Louis XVI aurait été celui du triomphe de l’allaitement maternel. Selon les Mémoires de Félicité de Genlis, il s’agissait d’une mode devenue générale à la fin du siècle1 Félicité de Genlis, Mémoires inédits de Madame la comtesse de Genlis, Paris, 1825, t. X,  p. 254 . Dans les faits, Charles Kunstler l’avait déjà souligné2 Charles Kunstler, La Vie quotidienne sous Louis XVI, Paris, Hachette, 1950, p. 287-288. , cet engouement relève surtout du mythe et rares furent les femmes qui suivirent cet exemple. La France a continué à cultiver son exception et à refuser largement l’allaitement maternel pour lui préférer le recours à un réseau de nourrices toujours mieux organisé et de plus en plus patronné par l’Etat. 

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Récits de soi à la télévision : témoignages intimes de « filles-mères » dans les années 1960 et 1970

Pour beaucoup, elles ont longtemps illustré celles que l’on appelait couramment « les mauvaises filles » pour reprendre le titre de l’ouvrage de Véronique Blanchard et David Niget, Mauvaises filles : incorrigibles et rebelles1 Véronique Blanchard, David Niget, Mauvaises filles : incorrigibles et rebelles, Paris, Editions Textuel, 2016, p.191

Les jeunes mères célibataires, autrement dit les « filles-mères » représentaient pour la société française les coupables idéales qui devaient affronter, seules, le poids de « la faute », celle d’avoir couché avant le mariage. Dans les années 1960 et 1970, ce sujet restait un tabou, on ne souhaitait pas se marier avec une fille-mère, que l’on préférait ignorer et éviter. Isolées et rejetées par leur entourage, elles ont pourtant accepté de se confier à la télévision au sein d’émissions-documentaires questionnant leurs parcours, leurs regrets et leurs espoirs. 

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Enculé ! Injure et pratique sexuelle. Mais qui est insulté·e ?

D’après la définition du Centre National de Ressources Textuelles et Lexicales, « enculé » désigne à la fois la pratique sexuelle (personne recevant la sodomie — et plus particulièrement la personne homosexuelle) et l’injure désignant une personne méprisable, mauvaise. Lire la suite

Etre une femme sous la Révolution culturelle chinoise

  • Bonjour Camille-Victoire, est-ce que tu pourrais nous parler un peu de toi, pour commencer ? 

J’ai très tôt eu un lien avec l’Asie et plus particulièrement avec la Chine. Mon premier intérêt a été celui, tout bête, pour une culture qui différait complètement de la mienne mais que je ne voulais pas réduire à un simple exotisme. J’ai commencé à apprendre la langue chinoise au collège, puis j’ai fait une année en école préparatoire de lettres à Brest suivie d’une double-licence LCER chinois et histoire ainsi qu’un Master d’Études Chinoises à l’Université Rennes 2. En 2016, j’ai entamé une thèse à l’Université de l’INALCO à Paris, sous la direction de Mme Xiao-Hong Xiao-Planes et de M. Jin Guangyao (Université de Fudan, Shanghai). Lire la suite

De la comtesse de Ségur à Mantes-la-Jolie : pour une histoire de l’humiliation des jeunes

En décembre dernier, une vidéo montrant plusieurs dizaines d’adolescents à genoux, mains sur la tête, encadrés par des policiers a fait le tour du monde. Interpellés devant un lycée de Mantes-la-Jolie pour « participation à un mouvement armé » suite à une grève scolaire, ils ont passé plusieurs heures à genoux, puis assis. Lire la suite

Une histoire orale navajo féministe ? La séparation des sexes

Enceinte à 37 ans, j’ai décidé de profiter du calme tout relatif offert par le congé maternité pour mener à bien un projet éditorial qui me tenait à cœur : écrire un ouvrage qui familiariserait les petits lecteurs avec la spiritualité navajo. Comment susciter l’intérêt chez les plus jeunes pour une culture souvent réduite aux clichés associés aux Indiens des Plaines mis en scène dans les westerns et films d’animation nord-américains (qu’on songe ainsi à la séquence chantée What makes the Red Man Red ? du Peter Pan sorti en salles en 1953) ? En Europe, ces représentations stéréotypées ont perduré grâce au succès des personnages de bandes-dessinées tels que Oumpah Pah créée par René Goscinny et Albert Uderzo, Yakari (André Jobin, Claude de Ribaupierre) ou plus près de nous, Bison Dodu, de la série Les Papooses publiée de 2004 à 2015 chez Casterman. Lire la suite

Fiction historique : Procès-verbal d’arrestation d’un ecclésiastique sodomite au XVIIIe siècle – Myriam Deniel-Ternant

La brune 1Les rencontres masculines se font à la faveur de la pénombre, souvent peu de temps avant la fermeture du jardin, sur un horaire variable en fonction de la saison. Bibliothèque nationale de France (désormais BnF). Arsenal. Ms. 10 255. 17 juillet 1724 : « lorsque la brune seroit venu. » Le garde Federici, chargé de la surveillance des Champs Élysées à la fin du siècle confirme cette tendance entre chiens et loups, lorsqu’il écrit que « vers la brune, on trouve souvent de ces rôdeurs débauchés » (Federici Ferdinand, Flagrants Délits sur les Champs Élysées. Les dossiers de police du gardien Federici (1777-1791), présenté par Farge Arlette, Paris, Mercure de France, 2008, rapport du 30 mars au 6 avril 1778, p. 64). est venue et le jardin2Les jardins publics tels que le Luxembourg ou les Tuileries sont des espaces de racolage privilégiés, tant pour les hommes que les femmes car la police ne peut pas y effectuer d’arrestation (Pastorello Thierry, Sodome à Paris fin xviiie siècle-milieu xixe siècle, Grâne, Créaphis éditions, 2011, p. 61). Ils constituent des lieux de séduction privilégiés jusqu’en province (Bologne Jean-Claude, L’Invention de la drague. Une histoire de la conquête amoureuse, Paris, Seuil, 2010, p. 210). va bientôt fermer ses grilles. Les allées se vident des promeneurs3Sur la pratique de la promenade urbaine, champêtre ou méditative dans la France d’Ancien Régime, voir Dautresme Olivier, « La promenade, un loisir urbain universel ? L’exemple du Palais-Royal à Paris à la fin du xviiie siècle », in Histoire urbaine, n° 3, 2001/1, p. 83-102. venus profiter de la fraîcheur des arbres en cette fin d’été. Près des bosquets4BnF. Arsenal. Ms. 10 256. 11 février 1725 : « Le dit abbé se promenant sur les six heures du soir dans une des allées qui est aux environs des bosquets, y regardant avec affectation ceux qui passoient à costé de luy […]. », un quidam en habit ecclésiastique5Dans cette culture des apparences, le vêtement est un marqueur social (Roche Daniel, La Culture des apparences. Une histoire du vêtement. xviiexviiie siècles, Paris, Seuil, Points, 1991). Le port du vêtement ecclésiastique est une injonction officielle du concile de Trente, qui expose le contrevenant à la perte de son privilège clérical (Ferrière (de) Claude-Joseph, Dictionnaire de droit et de pratique contenant l’explication des termes de droit, d’ordonnances, de coutumes et de pratique, avec les jurisdictions de France, 1755 (1e éd. 1740), t. 1, art. « Habits ecclésiastiques », p. 1021-1022). Voir également Cottret Monique et Delumeau Jean, Le Catholicisme entre Luther et Voltaire, Paris, Presses universitaires de France, 1996 (1e éd. 1971), p. 354. Le port de la soutane est ainsi obligatoire, l’habit long dans l’exercice de ses fonctions, l’habit court pour les tenues de voyage. À la soutane de couleur sombre doit s’ajouter le rabat et éventuellement un manteau, également de couleur sombre. semble pourtant vouloir prolonger ses rêveries mélomanes. Lire la suite

Les aveux de la chair : entretien fictif avec Michel Foucault – Amirpasha Tavakkoli

Les aveux de la chair, quatrième et le dernier volume de l’Histoire de la sexualité, est paru il y a quelques mois alors que Foucault ne voulait pas de publication posthume. Apparu en dernier, ce livre est pourtant le premier volume de sa recherche considérable sur la généalogie de la sexualité. Du monde gréco-latin au XIXème siècle victorien, Foucault s’est intéressé aux différentes façons dont la sexualité a été représentée et codifiée depuis l’Antiquité jusqu’à l’époque moderne. Dans Les aveux de la chair, il s’est intéressé plus particulièrement à la morale chrétienne et son souci de dire et de comprendre la vérité du désir. Foucault critique surtout l’hypothèse selon laquelle le christianisme est considéré comme la religion des interdits moraux. L’idée de rédiger un entretien fictif nous a paru intéressante, étant donné le destin singulier de ce livre. En essayant de construire un dialogue fictif avec Foucault, nous avons essayé de relever des points les plus importants du livre sur la sexualité, l’impératif du dire-vrai, la libido et le désir. Nous avons également voulu rester le plus possible fidèle au style de Foucault dans les interviews qu’il a données au cours de la dernière décennie de sa vie.  

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