main tenant une maison

Il était une fois une maison rêvée

Ce texte a été écrit en mai 2023, après une expérience vécue dans une association universitaire féministe, aujourd’hui dissoute. Plus que d’adresser des événements spécifiques ou une structure en particulier, ce texte avait été à l’époque un moyen de crier ce qui était étouffé : l’expérience racisée dans les espaces féministes, queers, militants blancs.

Son titre est tiré du roman de Carmen Maria Machado, Dans la maison rêvée

Il était une fois une maison rêvée. 

J’ai passé quelque temps à l’admirer de loin jusqu’à ce qu’on m’invite enfin à y rentrer. Viens, viens, bien sûr que tu peux rentrer, elle est faite pour toi ! C’est vrai que c’est marqué au-dessus de la porte « cette maison est pour vous », vous qui n’êtes pas l’ennemie, vous qui n’êtes pas le monstre. Enfin, je pourrais faire autre chose qu’assurer ma survie. Je ressens une joie qui m’était inconnue jusqu’ici. Mais le pas de la porte est étroit, les marches très hautes et j’ai dû mal à suivre la maîtresse de maison à l’intérieur. J’y arrive, non sans peine, mais j’y arrive.

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Judy Chicago : enseigner et créer en féministe

Judy Chicago (née en 1939) est une artiste majeure du féminisme américain dont la contribution pionnière à ce mouvement passe par ses créations et enseignements artistiques. En 1970, elle crée le premier programme d’études féminines dans le département d’art de l’université d’État de Fresno, en réponse à son propre statut dévalorisé de femme artiste 1Judy Chicago, « Feminist Art Education. Made in California », in Entering the picture: Judy Chicago, the Fresno Feminist Art Program, and the collective visions of women artists,  Jill Fields (éd.), New York, Routledge, coll.« New directions in American history », 2012, p. 101. Judy Chicago écrit : « As I wrote in my first autobiographical book, Through the Flower, My Struggle as a Woman Artist, I started the Feminist Art Program in Fresno because, as a result of my own struggle, I suspected that the reason women had trouble realizing themselves as artists was related to their conditioning as women. I had found that society’s definition of me as a woman was in conflict with my own sense of personhood (and, after all, it is a person who makes art). ». Son but est alors de légitimer les étudiantes dans la poursuite de leur carrière artistique, alors même qu’elles souffrent d’un manque de soutien et de reconnaissance dans les institutions et écoles d’art. En 1971, Chicago développe – avec l’artiste Miriam Schapiro – le Feminist Art Program au très avant-gardiste California Institute of Arts (Cal Arts). Cette étape cruciale dans le développement de la pédagogie féministe de Chicago aboutit, du fait de l’intérêt que ce programme suscite auprès des étudiantes qui y sont inscrites, à la production de la première installation d’art féministe intitulée « WomanHouse ». Cet espace d’exposition et de création présente les travaux et les performances des étudiantes du programme ainsi que d’autres artistes californiennes au mois de février 1972. En 1973, Chicago fonde avec l’historienne de l’art Arlene Raven et l’artiste Sheila Levrant de Brettville le Woman’s Building, premier centre d’éducation artistique féministe, actif jusqu’en 1991. C’est au regard de ces évènements, marqueurs historiques, que cet article se propose d’exposer les principaux fondements de la pédagogie féministe de Chicago, pionnière de l’enseignement artistique féministe en Californie dans la décennie 1970. Ses initiatives ont servi d’incubateurs de vocations artistiques et d’éveil au féminisme pour toute une génération de femmes. 

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Normativité queer. Echange avec Pierre Niedergang

En avril 2023 sortait le livre Vers la normativité queer de Pierre Niedergang. En pensant la fabrication de nouvelles normes à l’intérieur de la pensée queer, l’auteur nous offre une autre manière de penser politiquement les normes pour construire de nouvelles façons d’être et de faire société. Suite à la lecture de son ouvrage, ludi demol defe s’est entretenu·e avec l’auteur afin de dégager et transmettre quelques idées clés de son travail. Cet article vise à rendre compte de cet échange.

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Photographe féministe. Entretien avec Juliette Lancel

  • Peux-tu te présenter et nous dire quelques mots de ton parcours ?

Eh bien je m’appelle Juliette Lancel et tiens à dire que cet entretien est un abus éhonté de biens sociaux puisque je suis la fondatrice d’En Marges ! Pour ma défense, je ne suis pas que cela. Je pratique aussi la photographie et la recherche en histoire et en études de genre.

  • Comment en es-tu arrivée à la photographie ? 

Il s’agit d’un héritage familial : mon arrière-grand-père était inventeur d’appareils photo et a transmis le virus à ma grand-mère, qui m’a elle-même contaminée en m’offrant mon premier appareil. J’ai commencé à me tourner vers une pratique artistique à 17 ans, envisagé un temps après ma prépa de tenter les Gobelins et puis je suis restée sur des études d’histoire, mon autre passion. 

Aujourd’hui, tout s’est inversé, puisque je fais de la photo pour payer mon loyer et de la recherche pour le plaisir. 

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Et l’amour aussi. Lesbianisme et représentation

En soutien au livre photo de Marie Docher Et l’amour aussi, qui présente des portraits de lesbiennes avec pour point de départ ce que, dix ans plus tard, la loi sur le mariage pour tou·tes a changé ou pas dans leur vie. Réalisés dans le cadre d’une commande de la BNF, l’exposition qui en découle y est visible jusqu’au 23 juin 2024.

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Coulère

2021, sang menstruel sur papier absorbant et tissu, persienne en bois, acrylique, 50x115cm.

Quand j’ai pris cette persienne, j’ai pensé à cette frontière entre dedans et dehors, entre l’intime et le public. Quand j’ai pris ce tissu, j’avais envie de le tacher de sang menstruel.
Puis je me suis souvenue de cette tradition qui a perduré pendant très longtemps dans les régions du sud de l’Italie. On exposait à la fenêtre le drap avec le sang des femmes lors de leur première nuit de mariage, ceci étant la preuve de leur “pureté”. Un véritable rituel de passage construit sur l’absurde concept de virginité d’une société fortement hétéropatriarcale.

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C’est pas toi Maman, c’est le patriarcat


13 ans mon sang coule pour la première fois
creuse en moi une tranchée
je me déforme


et Kafka n’y connaît rien en métamorphose
mes poils poussent comme du chiendent
je m’anonyme perds mon nom deviens celle aux gros eins
à la piscine je reste au bord du bassin
je ne grimpe plus aux arbres
je ne cours plus

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Exorcismes et invocations

#1 Nous ne mourrons pas avec Vous

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Pour redonner à la poésie ses lettres de résistance

J’ai commencé à m’intéresser à la poésie parce que j’adorais – et j’adore toujours – le rap. J’en faisais des explications de texte en cours quand je m’ennuyais. Alors lorsqu’il a fallu me spécialiser dans mes études littéraires, je me suis naturellement dirigée vers la poésie, un art dans lequel je suis entrée par le rap et donc par la politique. Souvent, l’on associe la poésie à la poésie amoureuse, ou encore à un art peu compréhensible et opaque. Les poétesses n’existent pas : les femmes ne sont que les muses des poètes, qui écrivent combien ils veulent les baiser, ou comment ils les ont violées. En vérité, les femmes ont écrit et écrivent de la poésie. Et je crois qu’appréhender la poésie depuis leurs textes permettrait de mieux comprendre le rôle ou tout du moins la place de la poésie dans nos sociétés. Par-delà la nécessité de décentrer les corpus masculins des rayons de la poésie, j’avoue défendre une vision ouvertement politisée de la poésie et plus généralement une littérature connectée à la réalité, aux enjeux et aux défis auxquels nous faisons face. Mais cette poésie est-elle capable d’apporter des changements ? Ou est-elle un art de salon, pour les intellectuel.les de gauche ? J’aimerais tenter de répondre à ces questions, peut-être pour redorer le blason de la poésie, la descendre de son piédestal, la sortir de son Gallimard à reliures.

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Nécessaires utopies

J’apprends ce matin en allumant la radio que, depuis 1970, près de 70 % des populations d’animaux vertébrés ont disparu de la surface de la Terre. Une « nouvelle » de plus à ajouter sur la liste des bonnes raisons de penser que le futur n’a malheureusement rien de désirable. Et si je me tourne vers mon nombril, pas de quoi se réjouir non plus. J’arrive en effet à un âge où le « futur » radote et grisonne plus qu’il ne chante et irradie ! Réjouissantes perspectives.

Et pourtant.

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