Laisser rentrer les monstres

Quel grand moment d’émotion lorsque Julia Ducournu a remporté la palme d’Or à Cannes le 17 juillet 2021 pour son film Titane. Il y a eu la puissance du moment, Julia Ducournu étant la deuxième femme réalisatrice à obtenir une Palme d’or après Jane Campion en 1993 pour La leçon de piano et il y a eu la puissance des mots. Julia Ducournu a ainsi revendiqué dans un discours fort la monstruosité : « La perfection ce n’est pas que c’est une chimère, c’est que c’est une impasse. C’est une impasse. La monstruosité, qui fait peur à certains et qui traverse mon travail, c’est une arme et une force pour repousser les murs de la normativité qui nous enferment et nous séparent ». En entendant ce mot « monstrueux », j’ai tout de suite pensé à l’ouvrage de Paul B. Preciado sorti en 2020 Je suis un monstre qui vous parle aux Editions Grasset et qui évoque notamment la transidentité et la transexualité. Deux fois que la figure du monstre est publiquement convoquée, mais avec quels enjeux ? À quelles fins ? Le monstre est la figure qui se construit en contre-point d’un stéréotype hégémonique incarné dans un corps normé : blanc, mince, jeune, sans handicap… Convoquer le monstre, le faire sortir de nos cauchemars c’est convoquer la possibilité d’une pluralité, c’est revendiquer le droit à la visibilisation et à la non discrimination, c’est rendre visible l’invisible à des fins politiques.

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Etre une femme sous la Révolution culturelle chinoise

  • Bonjour Camille-Victoire, est-ce que tu pourrais nous parler un peu de toi, pour commencer ? 

J’ai très tôt eu un lien avec l’Asie et plus particulièrement avec la Chine. Mon premier intérêt a été celui, tout bête, pour une culture qui différait complètement de la mienne mais que je ne voulais pas réduire à un simple exotisme. J’ai commencé à apprendre la langue chinoise au collège, puis j’ai fait une année en école préparatoire de lettres à Brest suivie d’une double-licence LCER chinois et histoire ainsi qu’un Master d’Études Chinoises à l’Université Rennes 2. En 2016, j’ai entamé une thèse à l’Université de l’INALCO à Paris, sous la direction de Mme Xiao-Hong Xiao-Planes et de M. Jin Guangyao (Université de Fudan, Shanghai). Lire la suite

Illustration n°1 : Les organes génitaux de la femme vus par le docteur André Du Laurens.

Le corps féminin : un corps d’usage social dépossédé ? – Céline Debruille

Qu’est ce que le corps féminin, qu’est ce qu’ « une femme » ?

Durant l’Antiquité, la médecine grecque développée par Hippocrate, Aristote, Avicenne ou Galien considérait que les organes génitaux féminins étaient une inversion des organes génitaux masculins. Dans son ouvrage De l’utilité des parties du corps humain, Claude Galien, médecin grec du IIe siècle de notre ère, considérait que toutes les parties du corps de l’homme se retrouvaient chez la femme, à l’image d’un homme inversé ; « figurez-vous les parties [génitales] qui s’offrent les premières à votre imagination, n’importe lesquelles, retournez en dehors celles de la femme, tournez et repliez dedans celles de l’homme, et vous les trouverez toutes semblables les unes aux autres »1LAQUEUR, Thomas. (1992/2013). La fabrique du sexe. Essai sur le corps en Occident. Paris :Gallimard. (Making sex, body and gender from the Greeks to Freud, 1990). L’ouvrage de Thomas Laqueur a été publié en 1990, traduit en français en 1992 puis réédité en 2013. pp.42..

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