Mon ami·e, toi qui es si souvent méprisé·e,
Tu attires les haters et les boomers, celleux qui refusent de voir la société évoluer, celleux qui s’opposent à toi sans chercher à te comprendre. Celleux qui disent que « tu pervertis », « tu endoctrines », et qu’il faudrait « laisser les personnes apprendre par elleux-mêmes », mais surtout, « contrôler le plaisir féminin » et « ne pas faire de théorie du genre ».
Ah, éducation à la sexualité, heureusement que la société évolue ! Te souviens-tu de la révolution sexuelle ? Connais-tu Cixous, Vergès et Badler, qui défendent les études de genre ? Sans oublier Simone Veil et sa loi pour l’IVG… Quel événement marquant ! Quel changement ! Quel progrès !
Tu sais, éducation à la sexualité, tu es essentiel·le. Te souviens-tu de ta naissance compliquée ?
Tu es arrivé·e après le tract « Apprenons à faire l’amour » du docteur Carpentier, et l’affaire Mercier, condamné·e pour avoir osé en parler avec ses lycéen·ne·s. Quelle époque ! Un tract audacieux, certes, mais qui défendait avant tout le corps et la sexualité. Est-ce pour cela qu’il a tant dérangé ? Ah oui, parce qu’il défendait aussi le plaisir. Ce mot tabou, si redouté, car pour certain·e·s, la sexualité n’a de sens que pour procréer.

Mais toi, tu es là, né·e de l’union de tes parents suite à la circulaire Fontanet de 1973 : information sexuelle — pour apprendre l’anatomie et la reproduction — et éducation sexuelle, parfois boycottée, car trop taboue. Heureusement, en 2001, la loi Aubry t’a enfin donné une existence officielle. Toi, éducation à la sexualité.
Avec l’émancipation des femmes, il était temps que tu arrives ! Mais voilà qu’on veut te renommer en 2024. Éducation à la vie affective, relationnelle et sexuelle ? C’est joli, non ? Peut-être moins controversé ? Pourtant, ton essence reste la même : défendre une « sexualité globale et positive », comme la définit l’Organisation mondiale de la Santé.
Qu’est-ce que cela signifie ? Une sexualité qui éveille les émotions, le corps, les sentiments. Celle où l’on se sent « aimé·e et aimable ». Mais aussi cette sexualité frivole, intense, parfois d’un soir, à condition qu’elle soit toujours consentie. C’est là que ton enfant, Consentement, entre en scène. Iel a encore tant de combats à mener, surtout pour protéger les femmes, les enfants et les adolescent·e·s.

Mais pourquoi ce mot, consentement, effraie-t-il tant ? Ah, oui… le patriarcat. Tu te rappelles de lui, ce hater éternel ? En 2025, il est encore là, bien présent. Il a du mal à céder la place à l’égalité, au féminisme, à MeToo. Pourtant, MeToo, c’était en 2017, et on en parle encore. Pourquoi ? Parce que le patriarcat refuse qu’on parle du clitoris, du plaisir féminin et de l’émancipation des femmes. Tu sais, il est encore à idéaliser, avec les réseaux sociaux, les « trad wifes ».
Mais toi, Éducation à la sexualité, tu regardes droit devant, vers l’avenir. Tu t’imposes dans le débat politique, où l’on se demande encore si tu es trop tabou, si tu devrais exister dans tous « les établissements scolaires, de la maternelle à la terminale ». Trop tôt ? Trop explicite ? Pour qui ? Pourquoi ?
Pourtant, tu es là pour prévenir et protéger : contre les abus, les violences sexistes et sexuelles, l’inceste. Pour renforcer le respect, l’égalité, la tolérance, la lutte contre les stéréotypes, les droits. Que des choses positives, n’est-ce pas ? Alors pourquoi te rejette-t-on ? À cause de la peur du changement ? La peur de choquer ? Éducation à la sexualité, je crois qu’il faudrait se demander qui, vraiment, est dérangé par ta présence, et combien cela représente de personnes dans la société.
Tu es là, avec le consentement, pour protéger aussi les enfants et les adolescent·e·s. Car, Consentement, tu es là pour leur apprendre qu’il n’existe pas seulement des personnes bienveillantes dans ce monde, qu’il est essentiel de pouvoir en parler à « des adultes de confiance ». Tu leur apprends aussi, comme le disait Dolto, que « notre corps, c’est nous-mêmes, et il faut en prendre soin », surtout face aux dangers des réseaux sociaux.
Mais ne t’inquiète pas. Même sous le surnom « Je grandis, je change », tu es là, et tu fais ton chemin. Continue de te battre, mon ami·e. Un jour, peut-être, tu seras pleinement accepté·e. La preuve ? Tu reçois encore des lettres, témoins des questionnements qui persistent et de ton intérêt.
Amicalement,
Prescillia Micollet est doctorante en sciences de l’éducation et de la formation au sein du laboratoire Education, Culture et Politique (ECP) de l’Université Lumière Lyon 2 sous la direction d’Yves Verneuil. Ses recherches portent principalement sur l’éducation à la sexualité dans les écoles primaires ainsi que sur des thèmes connexes tels que la citoyenneté sexuelle et le consentement. Elle s’intéresse également aux questions socialement vives, à la sociologie du curriculum et à l’éducation à la sexualité dans le second degré.
