Illustration n°1 : Les organes génitaux de la femme vus par le docteur André Du Laurens.

Le corps féminin : un corps d’usage social dépossédé ? – Céline Debruille

Qu’est ce que le corps féminin, qu’est ce qu’ « une femme » ?

Durant l’Antiquité, la médecine grecque développée par Hippocrate, Aristote, Avicenne ou Galien considérait que les organes génitaux féminins étaient une inversion des organes génitaux masculins. Dans son ouvrage De l’utilité des parties du corps humain, Claude Galien, médecin grec du IIe siècle de notre ère, considérait que toutes les parties du corps de l’homme se retrouvaient chez la femme, à l’image d’un homme inversé ; « figurez-vous les parties [génitales] qui s’offrent les premières à votre imagination, n’importe lesquelles, retournez en dehors celles de la femme, tournez et repliez dedans celles de l’homme, et vous les trouverez toutes semblables les unes aux autres »1LAQUEUR, Thomas. (1992/2013). La fabrique du sexe. Essai sur le corps en Occident. Paris :Gallimard. (Making sex, body and gender from the Greeks to Freud, 1990). L’ouvrage de Thomas Laqueur a été publié en 1990, traduit en français en 1992 puis réédité en 2013. pp.42..

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Fiction historique : Procès-verbal d’arrestation d’un ecclésiastique sodomite au XVIIIe siècle – Myriam Deniel-Ternant

La brune 2Les rencontres masculines se font à la faveur de la pénombre, souvent peu de temps avant la fermeture du jardin, sur un horaire variable en fonction de la saison. Bibliothèque nationale de France (désormais BnF). Arsenal. Ms. 10 255. 17 juillet 1724 : « lorsque la brune seroit venu. » Le garde Federici, chargé de la surveillance des Champs Élysées à la fin du siècle confirme cette tendance entre chiens et loups, lorsqu’il écrit que « vers la brune, on trouve souvent de ces rôdeurs débauchés » (Federici Ferdinand, Flagrants Délits sur les Champs Élysées. Les dossiers de police du gardien Federici (1777-1791), présenté par Farge Arlette, Paris, Mercure de France, 2008, rapport du 30 mars au 6 avril 1778, p. 64). est venue et le jardin3Les jardins publics tels que le Luxembourg ou les Tuileries sont des espaces de racolage privilégiés, tant pour les hommes que les femmes car la police ne peut pas y effectuer d’arrestation (Pastorello Thierry, Sodome à Paris fin xviiie siècle-milieu xixe siècle, Grâne, Créaphis éditions, 2011, p. 61). Ils constituent des lieux de séduction privilégiés jusqu’en province (Bologne Jean-Claude, L’Invention de la drague. Une histoire de la conquête amoureuse, Paris, Seuil, 2010, p. 210). va bientôt fermer ses grilles. Les allées se vident des promeneurs4Sur la pratique de la promenade urbaine, champêtre ou méditative dans la France d’Ancien Régime, voir Dautresme Olivier, « La promenade, un loisir urbain universel ? L’exemple du Palais-Royal à Paris à la fin du xviiie siècle », in Histoire urbaine, n° 3, 2001/1, p. 83-102. venus profiter de la fraîcheur des arbres en cette fin d’été. Près des bosquets5BnF. Arsenal. Ms. 10 256. 11 février 1725 : « Le dit abbé se promenant sur les six heures du soir dans une des allées qui est aux environs des bosquets, y regardant avec affectation ceux qui passoient à costé de luy […]. », un quidam en habit ecclésiastique6Dans cette culture des apparences, le vêtement est un marqueur social (Roche Daniel, La Culture des apparences. Une histoire du vêtement. xviiexviiie siècles, Paris, Seuil, Points, 1991). Le port du vêtement ecclésiastique est une injonction officielle du concile de Trente, qui expose le contrevenant à la perte de son privilège clérical (Ferrière (de) Claude-Joseph, Dictionnaire de droit et de pratique contenant l’explication des termes de droit, d’ordonnances, de coutumes et de pratique, avec les jurisdictions de France, 1755 (1e éd. 1740), t. 1, art. « Habits ecclésiastiques », p. 1021-1022). Voir également Cottret Monique et Delumeau Jean, Le Catholicisme entre Luther et Voltaire, Paris, Presses universitaires de France, 1996 (1e éd. 1971), p. 354. Le port de la soutane est ainsi obligatoire, l’habit long dans l’exercice de ses fonctions, l’habit court pour les tenues de voyage. À la soutane de couleur sombre doit s’ajouter le rabat et éventuellement un manteau, également de couleur sombre. semble pourtant vouloir prolonger ses rêveries mélomanes. Lire la suite

Les aveux de la chair : entretien fictif avec Michel Foucault – Amirpasha Tavakkoli

Les aveux de la chair, quatrième et le dernier volume de l’Histoire de la sexualité, est paru il y a quelques mois alors que Foucault ne voulait pas de publication posthume. Apparu en dernier, ce livre est pourtant le premier volume de sa recherche considérable sur la généalogie de la sexualité. Du monde gréco-latin au XIXème siècle victorien, Foucault s’est intéressé aux différentes façons dont la sexualité a été représentée et codifiée depuis l’Antiquité jusqu’à l’époque moderne. Dans Les aveux de la chair, il s’est intéressé plus particulièrement à la morale chrétienne et son souci de dire et de comprendre la vérité du désir. Foucault critique surtout l’hypothèse selon laquelle le christianisme est considéré comme la religion des interdits moraux. L’idée de rédiger un entretien fictif nous a paru intéressante, étant donné le destin singulier de ce livre. En essayant de construire un dialogue fictif avec Foucault, nous avons essayé de relever des points les plus importants du livre sur la sexualité, l’impératif du dire-vrai, la libido et le désir. Nous avons également voulu rester le plus possible fidèle au style de Foucault dans les interviews qu’il a données au cours de la dernière décennie de sa vie.  

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