main tenant une maison

Il était une fois une maison rêvée

Ce texte a été écrit en mai 2023, après une expérience vécue dans une association universitaire féministe, aujourd’hui dissoute. Plus que d’adresser des événements spécifiques ou une structure en particulier, ce texte avait été à l’époque un moyen de crier ce qui était étouffé : l’expérience racisée dans les espaces féministes, queers, militants blancs.

Son titre est tiré du roman de Carmen Maria Machado, Dans la maison rêvée

Il était une fois une maison rêvée. 

J’ai passé quelque temps à l’admirer de loin jusqu’à ce qu’on m’invite enfin à y rentrer. Viens, viens, bien sûr que tu peux rentrer, elle est faite pour toi ! C’est vrai que c’est marqué au-dessus de la porte « cette maison est pour vous », vous qui n’êtes pas l’ennemie, vous qui n’êtes pas le monstre. Enfin, je pourrais faire autre chose qu’assurer ma survie. Je ressens une joie qui m’était inconnue jusqu’ici. Mais le pas de la porte est étroit, les marches très hautes et j’ai dû mal à suivre la maîtresse de maison à l’intérieur. J’y arrive, non sans peine, mais j’y arrive.

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0,5 mg pour te créer des mots

J’injecte le liquide dans ma cuisse pour ça, 
pour devenir PD, 
pour devenir celui qu’on ne voudra plus inviter, 
celui sur lequel on se retourne dans la rue parce qu’il a un t-shirt échancré, parce qu’il a du khôl dans le regard et que ça se voit qu’il est rentré trop tard.  

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Enfant naturel·le

Il n’y a pas eu de faire-part quand je suis née. Dans le milieu de ma mère et à cette époque, on n’annonce pas la naissance d’un·e bâtard·e. On la félicite quand je suis là mais on ne le crie pas sur les toits.

Elle accouche sous les regards sévères, réprobateurs voire carrément méprisants des infirmières et des sages-femmes. Je ne sais pas ce qu’elles s’imaginent mais ma mère a sûrement fait quelque chose de mal pour qu’on la regarde comme ça.

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C’est pas toi Maman, c’est le patriarcat


13 ans mon sang coule pour la première fois
creuse en moi une tranchée
je me déforme


et Kafka n’y connaît rien en métamorphose
mes poils poussent comme du chiendent
je m’anonyme perds mon nom deviens celle aux gros eins
à la piscine je reste au bord du bassin
je ne grimpe plus aux arbres
je ne cours plus

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Poème à M.

M.
Je pars de chez toi et je ne claque pas la porte. Je te rends les clés je les mets sous le laurier rose à coté du paillasson comme convenu.

Tu sais, j’étais venue t’exploiter. Prendre. Rien donner laisser le blanc bourgeois eldorado envahir mon drapeau est une charpie de chiffon émiettée tu m’as dit
« Va-t-en ! Bon vent ! » Et tu as bien fait. C’était bien fait. Pour moi.

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La danse des grillons entre néons et lune noire

Passer

Passing through

Transformer
Prendre forme

Dar la luz

Lumière de vie
Transcender

Translation from a watery world
To an airy mode
The first look
of you little eyes in the night

Tu primera mirada

Ton regard perçant et si présent

J’entends encore le chant des grillons et l’eau de la rivière qui coule à flot
Le tambourinement des trombes d’eau sur les tuiles pleines de mousse et l’odeur
du matiko ramassé plus loin sur le chemin de terre

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Exorcismes et invocations

#1 Nous ne mourrons pas avec Vous

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Vivantes jusqu’à la fin

parfois le futur dévore le présent

images de dévastation qui nous étouffent comme si l’air était déjà devenu tout à fait irrespirable

en guise de contre-sort 

j’en appelle aux devenirs-magicien·nes

aux imaginaires de punks solaires 

pour que le futur devienne notre vaisseau pirate à bord duquel naviguer

jusqu’à ce qu’on parvienne à l’atteindre

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Terre de guerres

Le ciel est gris
La terre est grasse 
Comme dans une crevasse
Je m’enfonce dans la fange

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Marina 1978

Infirmière venue s’immerger dans l’île asilaire de Léros, Grèce, en compagnie de
l’équipe de Trieste, Italie, où l’on avait imaginé avant la loi l’abolition des asiles.

Le jour où j’arrivai à Léros je remarquai que tout le monde portait le même habit.
Les cuisines étaient pleines
et la peine
n’était pas un affect connu dans le village.
Les paroles brouillaient par leur chaleur la ligne de l’horizon
l’eau scintillait doucement
et les rires montaient au ciel.


Le jour où j’arrivai à Léros je traversai l’île
d’un bout à l’autre.
Je traversai
jusqu’à l’envers du monde.
Là-bas
La mer, le sol étaient pareils
et pourtant tout avait changé.
J’avais fait le passage
et les confins m’accueillaient
en me désorientant.

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