Fétichisation raciale : entretien avec Marc Jahjah

Juliette Lancel : Marc, tu es enseignant-chercheur à l’Université de Nantes en Sciences de l’information et de la Communication, mais tu es aussi bien plus que cela. Comment souhaites-tu te présenter au lectorat d’En Marges !

Marc Jahjah : « Enseignant-chercheur » ce n’est pas tellement réducteur, si on pense cette catégorie au-delà d’un statut professionnel ou administratif ! Certes, c’est de plus en plus compliqué, à cause des réformes qui touchent aujourd’hui l’université : on ne nous demande plus tellement d’accompagner des étudiant·es, de créer un espace où ils/elles viendraient se déplier, gagner progressivement en confiance. Il faut les « former », ou plutôt les aligner sur l’espace marchand et professionnel – cela dit, loin de moi l’idée qu’on devrait défendre des enseignements absolument éloignés de cet objectif ; c’est l’injonction généralisée qui m’interroge, comme s’il ne pouvait ou s’il ne devait y avoir de la place pour autre chose (pour d’autres ciels).

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Chimères

Je ne me suis jamais considérée comme le sujet d’une image mais j’en ai déjà été l’objet. Être l’objet de, être érotisée, être fétichisée, c’est précisément ce à quoi me contraint le regard masculin.

De la même façon que je suis dépossédée de mon corps quand je suis agressée, je suis dépossédée de l’image de mon corps par le regard masculin.

Je suis aussi métisse, à moitié française, à moitié thaïlandaise, « farang » (occidentale) aux yeux des Thaïlandais.es, « asiatique » aux yeux des Français.es. Le regard d’autrui emprisonne, semble rendre impossible la libre définition de sa propre identité.

Je propose de répondre à cette violence du regard par une subversion de la sexualisation du nu. On fétichise mon cul, mes jambes ? Je les colle partout. On me catégorise comme « l’autre », je me revendique monstrueuse. Une désobéissance par excès de zèle.

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