Boules de nerfs. Sensibiliser aux inégalités de genre en lycée par l’expression des colères

CONTEXTE

Au cours de l’année scolaire 2023-2024, je suis intervenue à la demande d’un lycée professionnel de région parisienne sur « les inégalités entre les filles et les garçons ». L’atelier, de deux heures environ, a eu lieu dans une salle de cours de type amphithéâtre auprès d’une classe de 3ème Prépa métiers composée d’une vingtaine d’élèves. Pour faire un pas sur leur propre terrain, j’ai cherché à capter leur attention à travers mon métier. « Anthropologue » : un mot bien compliqué dont plusieurs ont eu l’intuition du sens. J’ai introduit mes recherches à travers un objet, connu par certain·e·s, à savoir un tissu pagne (wax). A leur tour, iels en avaient aussi préparé en lien avec leur potentiel futur métier comme des louches, des casseroles, du matériel cosmétique… On a fait connaissance via la matérialité. 

Ensuite, j’ai expliqué pourquoi je m’intéressais au sujet du travail des femmes. Je suis partie d’un constat personnel : j’ai toujours été en colère, depuis petite, de voir que ma grand-mère et ma mère faisaient tout à la maison. Pourtant, leur travail n’était pas valorisé. J’ai expliqué que c’était important de chercher à comprendre pourquoi et comment. Nous avons mis en discussion le caractère multiforme du travail afin que le travail gratuit et non-rémunéré soit revalorisé. Le plus souvent, au départ, les élèves ne se représentent pas le travail domestique et reproductif comme étant du travail.

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Devenir une femme comme les autres ?

Les rites de passage découlent d’une théorie anthropologique du début du XXᵉ siècle. Théorisée par Arnold Van Gennep, elle s’attarde sur le changement de statut social d’une personne donnée via divers rituels1 Turner, V. (1990). Le phénomène rituel : structure et contre-structure. Paris: PUF. Ils sont toujours composés de trois phases, survenant toujours dans le même ordre. La première étape, dite phase de séparation ou préliminaire, renvoie à la période durant laquelle une personne quitte son ancienne classe sociale. La seconde partie, appelée phase de marge ou liminaire, s’attarde sur l’intervalle où une personne se retrouve entre deux statuts fixes, dans un environnement hors normes. Enfin, le dernier stade, nommée phase d’agrégation ou postliminaire, apparaît quand la personne rejoint son nouveau groupe social2Van Gennep, A. (1981) [1909]. Les rites de passages. Paris: A. et J. Picard..

Les rites de passage peuvent servir à analyser la trajectoire des personnes trans3Bolin, A. (1988). In serach of Eve : Transexual rites of passage. Bergin & Garvey.. En effet, la transition des personnes trans peut être étudiée à travers le prisme des rites de passage. Par le biais de divers rituels, tels que les Coming-Out, les modifications corporelles, le changement de prénom, de pronom et/ou les changements de statut social à l’état civil, une personne trans va être amenée à changer de groupe genré. Passant par exemple d’un statut d’homme à femme. Dans cette optique, le statut trans peut être un stade transitoire entre les deux classes cisgenres, homme et femme4Bolin, A. (1988). In serach of Eve : Transexual rites of passage. Bergin & Garvey.. Toutefois, comme l’explique Victor Turner, certaines personnes préfèrent rester dans la phase liminaire que de rejoindre le stade postliminaire5Turner, V. (1990). Le phénomène rituel : structure et contre-structure. Paris: PUF. Le rapport à la liminarité est central pour comprendre l’évolution des personnes trans à travers leurs transitions. Via une courte réflexion biographique, je vais analyser mon rapport à la classe féminine par le truchement de la liminarité et la postliminarité6Dormeau, L. (2021). Habiter l’instabilité, vivre dans les interstices du monde. En Marges !, 7, pp 4-7. https://enmarges.fr/2021/12/15/habiter-linstabilite-vivre-dans-les-interstices-du-monde/amp/.

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